jeudi 23 mars 2017

Un hémisphère dans une chevelure - Baudelaire






Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.
      Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
      Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
      Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.
      Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
      Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.
      Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.


      Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris - 1869




Cette poésie en prose est à rapprocher du recueil les Fleurs du mal et notamment du poème « la chevelure » qui appartient à la section Spleen et idéal des Fleurs du mal. Baudelaire poète français du XIXe siècle se conçoit comme un poète doué d'un don. Ce don lui permet de révéler aux lecteurs des mondes inconnus. Ici il s'agit d'un poème d'amour qui ouvre sur un idéal exotique. Le poète s'exprime dans un genre lyrique c'est à dire qu'il exprime ses sentiments. On peut donc se demander comment le poète conçoit son rôle et comment il se représente ? Nous verrons que le poète invente une forme poétique moderne, puis qu'il célèbre la femme aimée et enfin, qu'il nous révèle un monde idéal fait de souvenirs et de rêves.

1- L’invention d'une forme poétique moderne

A - Étude de la composition

La composition de ce poème est moderne tout d'abord parce qu'elle adopte une forme en prose qui n'est pas habituelle à l'époque. Toutefois, ce poème est composé de sept paragraphes réguliers par leur longueur et leur forme syntaxique. Chaque paragraphe commence par s'adresser à la femme aimée, puis l'auteur emploie un verbe renvoyant un des cinq sens, pour enfin développer une idée associée à la chevelure.
Ce poème est également construit en boucle. En effet, on peut noter la répétition de « laisse-moi » et de « longtemps » en début et fin de poème, ce qui donne un rythme à ce texte, rythme à rapprocher de l'idée de voyage qui se perpétue.
De même, on peut remarquer l'anaphore « dans » aux paragraphes 4, 5, 6 qui marque également le rythme du texte.
Il s'agit donc d'un texte fortement rythmé mais également musical malgré l'absence de rimes.

B- La musicalité

On peut observer la répétition du terme « chevelure » aux paragraphes 4, 5 et 6 qui renvoie au thème principal du poème présent dès le titre et qui peut suggérer un leitmotiv musical qui s'impose comme une sorte de refrain. Ce refrain est encore renforcé par l'utilisation d'une répétition comme « tout ce que je » qui souligne le lien entre le peu représenté par cette chevelure et l'immensité des émotions qu'elle suggère.
L'auteur utilise également les figures de style très présentes en poésie comme l'anaphore « dans » ou encore de nombreuses métaphores comme par exemple la chevelure représentant un «océan». On peut encore relever un rythme ternaire avec l.4« tout ce que je » répété trois fois, ou encore l.8 « par les fruits, par les feuilles, par la peau humaine ».
Enfin, la musicalité est très présente à travers les sons qui se répètent sous forme d'allitérations nombreuses comme par exemple des allitérations en «m» : « fourmillant » « mélancolique » «homme» « forme » au paragraphe 4 qui renvoie à la musicalité des chants évoqués par le texte, ou allitérations en « r» au paragraphe 5 « caresse, chevelure, retrouve, langueur, heures, sur, chambre, navire, bercer, roulis, imperceptible, port, entre, fleurs, gargoulette, rafraîchissante" qui renvoient au roulis et au bercement du bateau.
Malgré sa forme en prose qui peut surprendre départ, Baudelaire a bien composé une poésie d'un genre moderne qui s'adresse à la femme aimée.

2- Une célébration de la femme aimée

A- Un blason

Baudelaire a composé un blason c'est-à-dire un poème où il s'adresse à la femme aimée mais en évoquant une seule et unique partie de son corps, c'est-à-dire ici la chevelure. Nous n'avons que ce seul élément décrit, mais grâce aux sensations qu’éprouve le poète, cet élément va servir à ouvrir un univers immense. Il est le vecteur qui ouvre la porte à l'imaginaire du poète. Ceci est d'ailleurs à rapprocher du courant poétique du symbolisme qui considère en effet le poète comme possédant un véritable don lui permettant d'interpréter des symboles. 

B- Un discours amoureux à Jeanne Duval

Ici, il s'agit d'un discours direct. Le poète emploie le pronom personnel « je » et les adjectifs possessifs « mon, ma » parlant ainsi à la première personne et s'adressant à la femme aimée, Jeanne Duval surnommée également la "Vénus Noire", en la tutoyant cf. « tu, tes, ta". Ce discours direct, complété par ce tutoiement, renforce l'idée d'une forte intimité entre les deux amants.
De plus, le poète emploie majoritairement le présent de l'indicatif ce qui montre qu’il nous fait partager l'intimité de l'instant présent au travers de ce présent d’énonciation.

C- Un univers sensuel

Cette toison liquide et noire éveille tous les sens et va mener à l'ivresse. La célébration de la femme aimée se fait au travers des cinq sens qui sont tour à tour sollicités. En premier lieu, le poète un appel à l'odorat cf. «respirer, odeur, parfum, enivre» Mais aussi à des odeurs comme celles des « tabac, musc, huile de coco ». En second lieu, il en appelle aux autres sens comme :
- La vue : cf. « vois, entrevois »
- Le toucher cf. «main, sens, caresse, duvetés, peau »
- L’ouie cf. « entend, musique, chant »
- Le goût cf. « eau de source, fruits, huile de coco, mordre, mordille, manger»
L'appel à ces différents sens renforce le climat très intime et voluptueux, voire érotique de la scène cf. paragraphe 5. Mais l'auteur entend aussi en sollicitant ces sens, nous faire entrer dans un autre univers que lui seul peut voir et qui est basé sur le principe des synesthésies, c'est-à-dire l'association d'un sens avec un ou plusieurs autres sens cf. la vue de la chevelure lui suggère une musique, selon le principe de la correspondance baudelairienne qu'il a lui-même défini dans le poème « correspondances » des Fleurs du mal. 

3- La révélation d'un monde idéal

A - La chevelure vectrice d’un monde imaginaire

Dès le titre, Baudelaire nous suggère un monde entier cf. : « l'hémisphère », au travers de cette chevelure. Ici la chevelure est une métonymie pour évoquer la femme aimée. Ce seul élément étant employé, cela nous suggère la très forte puissance évocatrice de celui-ci au travers de l'amour généré par cette femme. De plus, l'anaphore « dans la chevelure » renforce l'effet d'insistance sur cet élément comme vecteur de l'imaginaire.

B - Le souvenir d'un voyage maritime

Baudelaire ayant lui-même voyagé en bateau jusqu'à l’Ile de la Réunion, il se remémore ce voyage. En effet, dès le premier paragraphe, on voit le thème du souvenir nostalgique apparaître au travers du « Mouchoir » fait « pour secouer des souvenirs dans l'air». Le mouchoir évoque ici le symbole qui est agité pour signifier l’au revoir lors d'un grand départ. Le champ lexical de la mer et des bateaux est très présent cf. : « voilure, mature, mer, océan, bleu, port , navire, roulis, rivage » ainsi que des allitérations en «l» et «m». Baudelaire évoque directement le souvenir au premier et au dernier paragraphe comme s'il voulait évoquer ces souvenirs à l'infini en cherchant à étirer le temps pour mieux profiter de ceux-ci, ce que nous montre la paronomase - c’est à dire le rapprochement de termes ayant des sonorités proches mais ayant un sens différent - « langueur de tes longues heures ». De plus, à la suite des différentes répétitions de « dans » qui ouvrent les paragraphes, les compléments circonstanciels de lieu changent, montrant ainsi une progression de ce voyage cf. « dans l'océan », « dans les caresses », « dans leur dans foyer », « dans la nuit sur les rivages ». Peu à peu ce voyage va basculer d'un souvenir réel à une rêverie plus abstraite.

C- La rêverie d'un monde exotique

Dès la première lecture, le lecteur est transporté dans un harmonieux monde exotique, thème cher à Baudelaire cf. champ lexical  : « mousson, climat, bleu, azur, tropical » c'est-à-dire le champ lexical du climat exotique, mais aussi par la mention de produits exotiques comme le « goudron, l'opium, le tabac, le musc, l’huile de coco ». D'ailleurs, la référence à l'opium peut également suggérer l'emploi de cette substance dont Baudelaire a parlé dans les Fleurs du mal comme d’un paradis artificiel et qui ici nous montrerait que le poète bascule dans un état de rêverie dû en partie à cette substance.
De même, la rêverie est suggérée v15 et 16 par l'oxymore« Dans la nuit de ta chevelure, je vois » ; la réunion de l'obscurité et de la lumière fait surgir le rêve qui réunit à la fois le réel et l'imaginaire.
Enfin, on peut penser que de ce rêve surgit un monde idéalisé, ce qui est renforcé par l'emploi de répétitions comme « tout, toute » v14, 6, 11 ; par l'emploi de superlatifs « plus bleu » « plus profonde » ; ou encore d'hyperboles « grande » « fourmillant » "immenses" « Éternelle chaleur » «infini de l’azur » et d'un vocabulaire mélioratif « charmant climat » « beau navire » « resplendirent »

Conclusion


Pour conclure, on peut dire que le poète Baudelaire se conçoit comme un poète moderne car il n’hésite pas à développer une nouvelle forme poétique, mais cette forme nouvelle reste au service d'un poète qui célèbre la femme toute en révélant au lecteur un monde inconnu basé sur les souvenirs mais aussi sur un imaginaire grandiose. Ce poème est à rapprocher des Fleurs du mal et notamment du poème « la chevelure», mais on peut également le rapprocher d'autres poèmes où le poète nous donne une autre conception de son rôle de poète comme Ronsard Quand vous serez bien vieille…, Leconte de Lisle les montreurs , Desnos Non l’amour n’est pas mort.

jeudi 16 mars 2017

Baudelaire : ce qu'il faut savoir




Baudelaire 1821 1867
éléments de biographie



Un adolescent difficile qui n’accepte pas le mariage de sa mère et va rapidement mener une vie contraire aux bonnes moeurs. Dès lors, à 20 ans sa famille l’oblige à s’éloigner et à partir en voyage pour les Indes. Il s'arrêtera à l’Ile Bourbon (la Réunion) dans un voyage maritime qui dure 10 mois. Ce voyage influencera fortement son œuvre en particulier par les thèmes de l'exotisme et du voyage maritime ainsi que la recherche du paradis.
Ayant touché l'héritage paternel il commence rapidement à le dilapider. Sa famille le met sous tutelle et lui fait servir une rente à vie. Cette rente modeste ne lui permet pas de faire face à ses frais et il devra travailler en particulier comme critique d'art.
Les trois femmes de sa vie seront Jeanne Duval sa maîtresse mulâtresse marquée par un fort caractère, puis l'actrice Marie Daubrun, et enfin Madame Sabatier.
Baudelaire publie son œuvre maîtresse "les Fleurs du mal" en 1857. Ce recueil fait scandale en particulier par son érotisme et il est attaqué en justice et condamné pour immoralité ; ce recueil sera censuré.
Tout au long de sa vie il va abuser des drogues et en particulier de l'opium, il meurt en 1867 à l'âge de 46 ans des suites de la syphilis.

1 - Ses thèmes favoris

A - les paradis perdus
Baudelaire évoque constamment dans son œuvre la recherche du paradis ou des paradis en particulier dans :
  • L'enfance
  • L'exotisme
  • Le voyage
  • L'ivresse
B - le spleen
Le spleen est un état dépressif et morbide qui correspond à l'état d'esprit du poète. C'est le mal-être baudelairien qui est constamment évoqué dans les Fleurs du mal
C - la femme et l’amour. 
Comme pour de nombreux poètes Baudelaire voit dans la femme, une muse. Il cherche à la sublimer dans "les Fleurs du mal" au travers des trois grandes inspiratrices de sa vie auxquels certains poèmes font référence. La femme prend de nombreux visages comme ceux de la mère, de l'amante, de la déesse, du démon.
D - la ville
Ce thème de la ville est un thème très nouveaux en poésie que Baudelaire va être le premier à aborder. La ville le fascine, et il veut communiquer le sentiment de solitude qu’il éprouve au milieu pourtant de nombreux autres hommes.

2 - les particularités de son écriture

A - Le contraste

Baudelaire a recours aux contrastes violents. Il va allier des images habituellement contradictoires et aborder des thèmes qui ne seront habituellement pas abordés en poésie comme le désir sensuel et la décomposition de la chair (charogne), la laideur et la beauté, le spleen et idéal.

B - Les synesthésies

La synesthésie est l'association entre des sensations de nature différente.
Le poète va par exemple associer une odeur (le parfum) à une sensation de tactile (doux) et à une couleur (vert).
Le poète se considère comme ayant un don. Au travers de ce don il va interpréter et faire comprendre le monde au lecteur.

Baudelaire annonce le mouvement du symbolisme. (Un symbole sert d'élément pour interpréter le monde) cf théorie des correspondances.

Baudelaire est un véritable poète moderne qui marque un tournant dans la poésie en rompant avec la poésie classique.


Les fleurs du mal 1857

Ce recueil de poésie retrace le trajet de l’âme de Baudelaire et nous fait vivre sa véritable descente aux enfers.

"Les fleurs du mal" sont composées de six sections :
  • Spleen et idéal
  • Tableaux parisiens
  • Le vin
  • Fleurs du mal
  • Révolte
  • La mort

1 - Les fleurs du mal : le récit d'une descente aux enfers

Ce recueil est découpé en six sections qui retracent la descente aux enfers du poète comme un véritable chemin de croix, car pour lui le monde qui nous entoure constitue un enfer.

A - Spleen et idéal
Il nous montre son déchirement entre le spleen (état dépressif) et l'idéal.
Tous les élans vers l'idéal (Recherche du paradis dans l'enfance, L'amour…) sont écrasés par l'état de "spleen" qui montre sa profonde angoisse intérieure.

B - Tableaux parisiens
Ici le poète met en avant le sentiment de sa solitude au sein de la grande ville. Il va rechercher le contact avec ses contemporains mais ce rapprochement tourne court et le fait retomber dans la solitude en dépit du monde qui l’entoure.

C - Le vin
Ici le poète va chercher le salut dans des paradis artificiels, comme l'alcool ou encore la drogue.

D - Fleurs du mal
Il décrit le vice et la débauche qui lui font avoir un regard très dur sur lui-même et entraîne un vrai dégoût de lui-même

E - Révolte
Ici le poète cherche à pactiser avec le diable mais il se rend compte que cette exaltation de Satan est elle-même inutile.

F - La mort
Le poète n'aspire plus qu'à mourir. Ayant échoué dans toutes ses recherches du bonheur, la mort devient le désir suprême. C'est le long cheminement d'une descente aux enfers qui conduit droit à cette mort.

Le recueil des Fleurs du mal doit donc être vu dans son entier comme une répétition d'échecs successifs à trouver différents états du bonheur. Cette répétition d'échecs entraîne de plus en plus le poète dans un état dépressif qui le conduit lentement vers une mort inexorable, seule porte de sortie.

2 - Section spleen et idéal

Il s'agit de la section la plus importante "des fleurs du mal". Il expose ses aspirations en tant qu'artiste. Le poète est un génie mais un génie incompris. Il cherche un idéal dans l’art, dans l'amour… Mais la création artistique autant que l'amour entrainent de la désillusion, c'est-à-dire le spleen. Les poèmes de la fin de la section montrent la dépression entraînée par les échecs successifs.

L'idéal
Baudelaire considère que le monde dans lequel nous vivons n'est qu'un vulgaire reflet d'un monde idéal qui doit exister au-delà. Il s'agit d'un monde dans lequel existe une unité, un sens. C'est un monde de d’ordre et de beauté.
Le spleen
il s'agit d'un mot anglais (Baudelaire est lui-même traducteur d’E.A. Poe) qui évoque la mélancolie l'ennui.
Pour Baudelaire le spleen prend une signification plus profonde, il s'agit d’un véritable mal de vivre, d'une angoisse oppressante de la vie elle-même, on dirait aujourd’hui d’une profonde dépression au sens médical.

Pour Baudelaire la vie est une lutte incessante entre le spleen et l'idéal. Cependant chaque fois qu'il essaie de jouir d'un moment de bonheur et de tendre vers l'idéal, il retombe inexorablement dans le désespoir et le mal de vivre qui le font chuter peu à peu de plus en plus bas.

3 - Tableaux parisiens

Cette section n’existait pas dans la première édition des "Fleurs du mal" de 1857. C'est une section rajoutée par Baudelaire en 1861.

Le thème de la ville qui peut paraître banal aujourd’hui, mais c’est un thème très moderne au XIXe siècle. Baudelaire puise son inspiration dans la ville à contre-courant du mouvement romantique qui s'inspire fortement de la nature. Il veut nous indiquer ici que l’artificiel, c'est-à-dire ce qui est produit par l'homme est supérieur au naturel.

La composition
A – le monde des invisibles
Baudelaire fait le portrait de vieillards, de vieilles femmes, d’aveugles, de prostituées, de mendiants. Il peint la détresse physique et morale. Baudelaire montre sa solidarité invisible avec ses personnages et cherche un révéler leur beauté. Il met en évidence la différence entre l’être et le paraître, entre la beauté et la condition de ses personnages.
Il met donc en contraste l'apparence de ses personnages et leur beauté cachée ou beauté invisible.

B – la solitude dans la multitude
Cette tentative de rapprochement est également un échec. Il en ressort un fort sentiment de solitude. Ce sentiment de solitude est double :
  • celui de la solitude des plus démunis,
  • celui de Baudelaire qui se dépeint comme un poète solitaire. Il observe la foule mais il en est exclu. cf le poème « le cygne » est une allégorie du poète qui éprouve un sentiment d'exil dans la grande ville.
Baudelaire en observant et en dépeignant cette misère va subir un nouvel échec qui va le renvoyer à sa propre misère et à sa solitude.

La section "tableaux parisiens" s’apparente à une série de tableaux (ne pas oublier que Baudelaire est critique d'art). Ces différents tableaux illustrent la ville de Paris.

4 - La femme dans les "fleurs du mal"

Dans la section "spleen et idéal", les poèmes sont regroupés par cycle. Chaque cycle est associé à une femme qui a marqué la vie de Baudelaire.

Les femmes qui ont marqué la vie de Baudelaire

Jeanne Duval (poèmes 22 à 39)
Le premier cycle de la section spleen et idéal est consacré à Jeanne Duval, la mulâtresse. Il s'agit d'une femme peu éduquée qui joue les figurantes dans de petits théâtres. Baudelaire la rencontre en 1842 alors qu'il n'a que 20 ans. Leur relation est difficile mais il l’aimera tout au long de sa vie. On pense que c'est elle qui lui a donné la syphilis. Elle va lui inspirer énormément de sensualité et d'exotisme.
Elle représente la femme fatale et animale.

Madame Sabatier poèmes (40 à 48)
Le deuxième cycle de poème est consacré à Madame Sabatier qui incarne un amour spirituel.
Madame Sabatier était une mondaine qui tenait un salon. Elle sera à la muse de Baudelaire en raison de leur liaison en 1857. Il rencontrera dans son salon de nombreux autres artistes comme Flaubert, Musset, les frères Goncourt, Théophile Gautier…

Marie Daubrun (poèmes 49 à 58)
Le troisième cycle est consacrée à Marie Daubrun qui joue à la fois un rôle de sœur ou de mère et celui d'amante.
Il la rencontre en 1847 est eut une liaison avec elle.
Ses yeux verts lui inspirèrent de nombreux poèmes cf. "Ciel brouillé".

Les autres figures féminines
Le dernier cycle évoque des figures féminines secondaires qui ont pu être réelles ou fictives.

Il est donc difficile de parler d’une seule figue de la femme dans "les Fleurs du mal" car les inspiratrices du poète sont multiples. Les femmes inspirant le poète sont souvent des femmes à plusieurs facettes positives et négatives à la fois, elles seront donc les figures inspirant le spleen ou l'idéal.


Les figures de la femme

La femme incarne le calme, la douceur, la tendresse.
cf. poème consacré à Madame Sabatier ou à Marie Daubrun. cf. "L’invitation au voyage" connu pour son célèbre refrain :
  • La, tout n'est qu'ordre et beauté
    Luxe, calme et volupté. »

La femme se situe dans le rêve ou dans le souvenir
Souvent la femme va inspirer le rêve ou le souvenir. Il s'agit d'un idéal cf "Harmonie du soir". Baudelaire évoque le souvenir de la femme aimée, mais ce souvenir est présenté comme un passé qu’il regrette et revit avec nostalgie.
La femme des Fleurs du mal est donc sensuelle douce ou spirituelle. Mais elle se transforme aussi en femme fatale qui amène le poète à l'état de spleen.

La femme figure du spleen
La femme représente le mal qui détruit le poète
Elle est source de souffrance pour le poète, elle va être destructrice et représente le mal.
La femme peut même prendre les traits d'un vampire ce qui symbolise le côté ravageur de l'amour que le poète subit.

La femme se situe entre le bien et le mal
Baudelaire situe la femme entre le Ciel et l'enfer c'est-à-dire entre le bien et le mal, cf Hymne à la beauté, le poète s'adresse directement à la beauté représentée sous les traits d'une femme. Il interroge sur son origine est-elle divine ou maléfique?


La censure du recueil

1 - Les parutions

Première condamnation le 20 août 1857
Baudelaire et ses éditeurs sont jugés et condamnés pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ».
Il est condamné à une amende de 300 Fr. et subit la censure de six poèmes :
  • Les bijoux
  • Le Léthé 
  • À celle qui est trop gaie
  • Femme damnées 
  • Lesbros
  • Les métamorphoses du vampire.

Ses poèmes sont accusés de contenir des passages obscènes qui portent atteinte à la morale.
L’érotisme est très présent dans ces poèmes cf les bijoux. Le thème de l'homosexualité féminine est évoqué dans Lesbos ou femmes damnées.

Publication d'une deuxième édition des fleurs du mal en 1861
Cette édition reste censurée des six poèmes précédents mais enrichie d'une trentaine de nouveaux poèmes.

Condamnation du recueil les épaves en 1866
En 1866 une nouvelle édition contenant les poèmes interdits, les Epaves, parait à Bruxelles. Ce recueil est condamné par le tribunal de Lille.

Troisième édition des fleurs du mal en 1868
Lors de cette troisième édition c'est enfin le succès général. Mais il faut attendre un siècle pour que la justice annule la condamnation du recueil en 1949.

2 - Le contexte de la parution

Les fleurs du mal paraissent sous le régime autoritaire du Second empire de Napoléon III. Louis Napoléon Bonaparte après son coup d’état est devenu Empereur et exerce un pouvoir absolu jusqu'en 1866. De nombreux auteurs sont victimes de la censure comme Victor Hugo ou Flaubert. Victor Hugo est contraint à s' exiler en Belgique et à Jersey, tendit que Flaubert subi un procès pour son roman Madame Bovary.

Les accusations de la presse
La presse a joué le rôle principal dans cette histoire. Certains journalistes vont accuser Baudelaire d'immoralité. Ce sont ces directeurs de revue qui alertent le ministre et attirent l'attention de la justice autour du recueil. En juillet tous les exemplaires des fleurs du mal sont saisis.

3 - La défense de Baudelaire

Baudelaire est très affecté par le procès des Fleurs du mal et l'ampleur des accusations. Il est également affecté par l'incompréhension de son œuvre face au public.
Il se défend en distinguant l’Art de la morale publique.
Il dit notamment que le livre doit être jugé dans son ensemble et il en ressort alors une mort une terrible moralité. En effet ce recueil raconte l'itinéraire de Baudelaire le cheminement de son âme qui vit une véritable descente aux enfers. Il ne cherche donc pas à glorifier des choses qui peuvent atteindre la moralité comme la luxure ou encore les drogues par exemple mais simplement à montrer que ces différents éléments entraînent de plus en plus son âme vers cette descente aux enfers.

Ainsi les fleurs du mal n'est pas une provocation ou une incitation à la débauche mais une exploration d'un enfer terrestre à travers différents éléments.

Non l'amour n'est pas mort Robert DESNOS



Non, l’amour n’est pas mort en ce cœur et ces yeux et cette bouche
qui proclamait ses funérailles commencées.
Écoutez, j’en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.
J’aime l’amour, sa tendresse et sa cruauté.
Mon amour n’a qu’un seul nom, qu’une seule forme.
Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.
Mon amour n’a qu’un nom, qu’une seule forme.
Et si quelque jour tu t’en souviens
Ô toi, forme et nom de mon amour,
Un jour sur la mer entre l’Amérique et l’Europe,
À l’heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des vagues,
ou bien une nuit d’orage sous un arbre dans la campagne,
ou dans une rapide automobile,
Un matin de printemps boulevard Malesherbes,
Un jour de pluie,
À l’aube avant de te coucher,
Dis-toi, je l’ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t’aimer davantage
et qu’il est dommage que tu ne l’aies pas connu.
Dis-toi qu’il ne faut pas regretter les choses : Ronsard avant moi
et Baudelaire ont chanté le regret des vieilles et des mortes
qui méprisèrent le plus pur amour.
Toi quand tu seras morte
Tu seras belle et toujours désirable.
Je serai mort déjà, enclos tout entier en ton corps immortel, en ton image étonnante
présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de la vie et de l’éternité,
mais si je vis
Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons,
L’odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d’autres choses encore vivront en moi,
Et moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire,
Moi qui suis Robert Desnos et qui pour t’avoir connue et aimée,
Les vaux bien ;
Moi qui suis Robert Desnos, pour t’aimer
Et qui ne veux pas attacher d’autre réputation à ma mémoire sur la terre méprisable.

Robert DESNOS 1930
Corps et biens

Introduction

Ce poème écrit en 1930 est issu du recueil "Corps et biens". Robert Desnos est un poète du XXe siècle qui appartient au mouvement surréaliste qui est un mouvement littéraire et artistique apparu après la première guerre mondiale. Le manifeste du surréalisme a été publié par André Breton chef de fil de ce mouvement. Il s'agit d'un mouvement qui veut libérer l'écriture des contraintes imposées par la morale sociale. Il consacre une écriture de la liberté basée sur les rêves et l’inconscient. Les surréalistes ont utilisé en particulier la technique de l'écriture automatique qui consiste à écrire ce qui vient à l'esprit sans se préoccuper du sens. Desnos appartient au mouvement surréaliste, mais s'en écarte à partir de 1930 au moment où Breton veux tirer celui-ci vers le communisme. C'est la date de ce poème qui porte cette empreinte du surréalisme. Ce poème célèbre la femme aimée et chante l'amour dans un registre lyrique mais néanmoins moderne. Aussi nous pouvons nous demander comment le poète envisage son rôle et sa représentation dans ce poème. Nous verrons que le poète célèbre la femme aimée puis qu'il chante un hymne à l'amour et enfin qu'il s'inscrit dans une tradition poétique mais en rompt avec celle-ci par son surréalisme.


1 - La célébration de la femme aimée

A- le lyrisme

Ce poème est écrit dans dans un registre lyrique, c'est-à-dire que le poète y exprime pleinement ses sentiments. Ce lyrisme s'exprime dans la situation d'énonciation. Le poète utilise le pronom personnel à la première personne du singulier, "je", pour parler de lui-même cf v4 « J'aime » ou v30 « moi qui suis Robert Desnos ». Il s'adresse à une femme qui est désignée par le pronom personnel "tu" cf v8 "tu t'en souviens". Il s'agit ici d'Yvonne Georges, chanteuse de music-hall, rencontrée par Robert Desnos en 1924. Robert Desnos éprouve un grand amour pour cette femme, amour qui n'a jamais été partagé. Celle-ci est morte en 1930 de la tuberculose. Robert Desnos montre dans ce poème qu'il l’aimera au-delà de la tombe.
Le lyrisme de ce poème s'exprime aussi dans sa musicalité bien que celui-ci soit un poème en vers, ceux-ci ne riment pas et ils présentent une grande hétérométrie. Toutefois, la présence d’allitérations, de répétitions ou encore d'anaphores confère une forte musicalité à ce texte cf. emploi du "Ô" lyrique v9 ; Anaphore « Dis-toi » vers 17 et 19 ; vers 17 allitérations en « f » qui suggèrent le déplacement du fantôme ; vers 1 une polysyndète c'est-à-dire la répétition de la conjonction de coordination "et", celle-ci n'est pas nécessaire mais son effet de répétition ralentit le rythme et lui confère un effet plus solennel. Cette musicalité est exprimée également par le rythme. cf vers 4 rythme ternaire « j'aime l'amour, sa tendresse et sa cruauté ». Il est possible de relever également la présence de plusieurs alexandrins, vers nobles par excellence cf. v4,5 et 6.
Le lyrisme est également présent au travers d'un thème traditionnellement dit lyrique, qui est celui de l'amour malheureux. En effet, ici l'amour décrit par Robert Desnos est un amour unilatéral car lui seul semble l’éprouver tandis que la belle ne semble pas partager cet amour cf. "Si" v8 ceci nous montre qu'il s'agit d'une hypothèse qui n'est pas réalisée et qui ne se réalisera sans doute pas. Il s'agit du thème très classique de l'amour non partagé.
Enfin le lyrisme est également très présent dans les images de la promenade amoureuse v10 à 16 qui évoquent l’océan, la campagne, la ville.

B- Un éloge de la femme aimée

Dès le v7 « mon amour n'a qu'un seul nom qu'une seule forme » le poète nous indique avec cette forme restrictive que son amour est unique. Il s'agit donc bien là d'un éloge de la seule femme aimée.
Cet éloge est également une évocation sensuelle de cette femme au travers de plusieurs sens que sont l’ouie, la vue et l'odorat. Le poète évoque notamment vers 27  « Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons » ; ou encore V28« l'odeur de toi et celle de tes cheveux ».
Il s'agit également bien d'un éloge de la femme aimée en raison de l'utilisation d'un vocabulaire mélioratif idéalisant cette femme cf « belle et toujours désirable » « merveilles »« Éternité ». De plus on peut considérer que cette femme est quasiment divinisée comme le montre la métaphore «ton regard et ses rayons ». Ici la femme est comparée à un soleil c'est-à-dire une divinité.
Pour Desnos cette idéalisation de la femme et de sa beauté perdure malgré la mort cf. vers 22 « toi quand tu seras morte». La beauté de cette femme n'est pas remise en cause ni par la vieillesse ni par la mort.

2 - un hymne à l'amour

A - une proclamation

La situation d'énonciation dans ce poème est double. Comme nous l’avons vu auparavant le poète s'adresse à la femme aimée directement par le jeu des pronoms personnels "je" et "tu" mais il s’adresse également, dès le début du poème aux lecteurs, dans une adresse plus générale. En effet, dès le titre " Non l'amour n'est pas mort" repris au premier vers, le poète s'adresse directement aux lecteurs et n'hésite pas à les interpeller par l'intermédiaire de l'impératif «écoutez» au v3. De plus, l’expression « j'en ai assez » suggère un discours oral destiné à l'ensemble des lecteurs.
Par ailleurs, Desnos au v4 N'hésite pas à proclamer « j'aime l'amour ». Cette affirmation est donc une véritable proclamation. Le poète veut donc bien nous montrer qu'il écrit un véritable hymne à l'amour qui oscille sans cesse entre le discours général et l'adresse à la femme aimée.

B - un amour expression des sentiments les plus fous

Desnos nous indique dès le V4 "aimer l’amour" dans toutes ses dimensions, c'est-à-dire au travers également de « sa tendresse et sa cruauté ». Cette antithèse nous montre qu'il accepte l'amour dans ce qu'il génère de plus fou et de plus difficile. Pour lui, le fait d'aimer engage l'être tout entier Cf vers 24 « tout entier ». Cette amour est une véritable passion puisque pour lui il ne peut avoir "qu’une seule forme" ; il s'agit bien d'un amour unique c'est-à-dire d'une passion amoureuse. D’ailleurs, cet amour est un amour obsessionnel, il est présent dans tous les lieux au travers des différents endroits visités par la promenade fantasmée, c'est-à-dire la mer, la nature, la ville, le jour où la nuit, par temps de pluie ou de soleil. De plus l'hétérométrie des vers montre également que cet amour est présent partout pour le poète. Enfin, il s'agit d'un amour qui perdure au-delà de la mort et qui exprime ainsi les sentiments les plus fous.

3 - un poème surréaliste alliant référence à la tradition et modernité

A–référence à la tradition

Les thèmes lyriques classiques sont ici présents dans ce poème comme la célébration de l'amour, ou encore l'idéalisation de la femme aimée. De plus, Desnos n’hésite pas à faire référence aux plus grands poètes qu'il nomme directement comme Ronsard et Baudelaire cf v 19 et 20 et v 29. Il fait directement allusion à ces poètes mais également aux idées qu'ils ont développées dans leurs propres poèmes comme l’idée du regret pour Ronsard ou idée de l'évocation par le vecteur de la chevelure pour Baudelaire cf. "Un hémisphère dans une chevelure". Ici Desnos s’inscrit bien dans une tradition classique et n'hésite pas à se comparer aux plus grands. Par ailleurs, il reprend d’autres grands thèmes lyriques traditionnels comme ceux de la belle indifférente, ou celui de la fuite du temps lorsqu'il évoque la vieillesse et la mort, ou encore le thème de la promenade sentimentale.

B- le renversement des lieux communs poétiques

Ici la belle indifférente reste belle même au-delà de la mort, contrairement à Ronsard qui lui dit qu'elle doit profiter lorsqu'elle est jeune des fruits de cette jeunesse cf. "cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie" dans "Quand vous serez bien vieille". La promenade sentimentale n'est pas un souvenir mais elle est fantasmée c'est-à-dire qu'elle n'est pas réelle, il s'agit d'un rêve contrairement par exemple aux poètes romantiques qui évoquent souvent des promenades qu'ils ont pu faire avec la femme aimée cf.: "le Lac" de Lamartine. Enfin Desnos, nous affirme la supériorité de la vie sur l'art. En effet ,c’est la femme chantée par le poète qui la gloire assure de celui-ci pour l'éternité et non l'inverse comme chez Ronsard qui lui affirme avec orgueil que c'est parce qu'il mentionne dans son poème la femme aimée, que la postérité se souviendra d'elle.

C- la modernité du poème surréaliste

Ici le poète nous montre que cet amour fou est bien supérieur à la volonté du poète ce qui est un thème très surréaliste. La forme libre ou hétérométrie est également un marqueur du poème surréaliste. Desnos n’hésite pas à introduire des thèmes modernes comme la référence à la ville de Paris lorsqu’il cite le boulevard Malesherbes, ainsi que la présence de l’automobile et de l’image suggérée d’un paquebot transatlantique au v10. De plus, la ponctuation très discrète, nous montre une écriture coulée qui peut nous faire songer à l'écriture automatique utilisée par les poètes surréalistes. Enfin ce poème est plus un poème oral qu'un poème écrit, signe également de sa modernité.

Conclusion

Robert Desnos dans ce poème nous montre bien que son rôle de poète est toujours de célébrer la femme aimée mais également d'écrire un hymne à l'amour dans une forme plus moderne car car il nous fait partager sa conception nouvelle de la poésie nous montrant que le fait de vivre cet amour est supérieur à l'Art lui même. Il se détache ainsi des grands maitres de la poésie du passé en libérant son art des contraintes antérieures.